Arte Malicia

CAPOEIRA


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La capoeira, une philosophie du corps

Art de résistance et esthétique de la puissance

exemple

La capoeira est, aujourd’hui, le deuxième sport national du Brésil, après le football. Mais sa pratique s’étend désormais à l’ensemble du monde. Elle fait l’objet d’un véritable engouement en Europe comme en Amérique du Nord où il n’y a bientôt plus un centre sportif qui ne propose des cours de capoeira. Et cette mode gagne tous les âges, toutes les races, tous les sexes.

A ce titre, elle est présentée comme la meilleure expression du métissage culturel dont s’enorgueillit le Brésil. Il convient de rappeler que la capoeira est une création spécifiquement noire qui incarne la résistance des anciens esclaves contre la domination blanche. Non qu’elle fut un instrument de guerre contre les Blancs. Elle se pratiquait, au contraire, entre esclaves et au sein de la communauté noire.

Mais elle exprime une vision du monde et de la vie, une éthique et une physique, antagonistes de la culture blanche. Avant d’être un sport ou un art martial, cette lutte dansée est une philosophie en acte et une pensée du corps qui font 2 contrepoint au système de la pensée blanche. Contrepoint musical qui joue une autre partition sur d’autres rythmes, instaure une autre physique, invente une affectivité nouvelle.

Dans tous tes gestes, tu dois être comme le courant de la rivière qui contourne le rocher. Voilà qui rend immédiatement sensible ce qu’a de paradoxal la résistance de la capoeira, comme celle de tout art véritable. Ce ne sont jamais ni l’oeuvre d’art ni le joueur qui s’opposent à un ordre ou résistent à une force : au contraire, c’est un certain ordre du monde ou une structure sociale donnée qui constituent, ainsi que le rocher, une force de résistance au courant de la vie. L’artiste et le capoeiriste luttent contrent ces barrières en inventant des gestes et en relançant des forces qui restaurent la continuité du vivant. De la sorte, ils créent des lignes de fuite qui sont des lignes de vie et des expressions esthétiques de la puissance.

Cela suppose qu’il existe une véritable poétique de la capoeira, entendue dans le double sens du terme, comme un faire, une pratique du corps, mais aussi comme une esthétique.

Si la capoeira est un art de résistance, ce n’est pas qu’elle oppose une force à la force du monde blanc mais c’est qu’elle déploie son désir de puissance, qu’il faut entendre dans le sens nietzschéen de la volonté de puissance, soit comme la manifestation d’une puissance qui désire et qui, dans sa volonté de vie, crée ses conditions nouvelles d’existence.

Il existe, en effet, une étrange connexion entre la philosophie nietzschéenne de la puissance et la pensée du corps de la capoeira. Mais n’est-ce pas la conséquence logique de la prédiction du même Nietzsche selon qui la philosophie redonnera vigueur à ses concepts au contact des terres tropicales et en prenant le corps pour guide ?

Dans la lignée de Nietzsche, d’ailleurs, nombre de philosophes qui ont essayé de renverser la métaphysique de l’Etre en une philosophie du devenir, tels Deleuze et Guattari, entrent en connexion avec cette “ pensée du dehors ” qu’incarne la capoeira. Suivant cette perspective, sept plans de résistance se dessinent, qui sont aussi sept plans d’invention poétique et philosophique.